GOLPESAR

Propos recueillis le 4 mars 2021, par Léa Houtteville (en français).

Je m’appelle Rouzbeh. Je suis artiste, musicien et chercheur. Je réside à Montréal, je suis iranien né ici, au Québec. Je suis aussi queer. Ce sont tous des éléments qui influencent le travail que je fais et ma façon de naviguer entre les différentes scènes dans lesquelles je m’implique. Ma personne et ma pratique sont difficiles à dissocier, de plus en plus.

Un parcours atypique

J’ai étudié en médecine, j’ai fait mon doctorat. J’ai fait une année de résidence en France [l’internat] en psychiatrie. C’est après cette année-là que j’ai décidé d’arrêter, et de m’investir presque intégralement dans l’art et la musique. Puis j’ai fait un baccalauréat en musique électroacoustique à Concordia que j’ai complété il y a plus d’un an. En ce moment, je suis en processus d’accès au doctorat, mais en philosophie (rires) et en arts interdisciplinaires. Cela donne un peu une idée de mes influences parfois très hétérogènes (!) Mais je pense que justement, à travers ce long processus pour moi de me rendre où je suis, j’ai trouvé une façon de mettre en conversation toutes ces expériences, autant personnelles qu’intellectuelles.

J’ai toujours fait de la musique. [..] J’ai baigné dans le monde académique de la musique numérique, de l’art digital, mais aussi dans le monde expérimental – j’étais impliqué dans les scènes underground, ici à Montréal, et j’ai passé les deux derniers étés à Berlin où je me suis investi dans les scènes club et techno […] J’ai tout le temps navigué entre ces deux univers là; j’ai l’impression d’avoir un pied dans chaque. C’est quelque chose que j’apprends. J’apprends à naviguer, justement parce qu’ils peuvent être assez contradictoires, autant dans l’esthétique que les valeurs que les politiques. Je trouve que les deux sont intéressants, les deux ont leur point de vue que j’apprécie, mais je suis encore dans le processus de « Comment je me situe sur ce spectre-là, de l’univers académique et de l’univers expérimental ? »

Une pratique sonore et performative

J’ai une pratique musicale, sonore, sous le nom de Golpesar. C’est ce nom-là que je présente avec ma performance à Codes d’accès. C’est vraiment mon identité sonore. J’ai aussi une pratique au-delà du son qui est plus artistique, plus performative, plus recherchée. Je pense que ces pratiques-là influencent beaucoup ma façon d’approcher une performance sonore. Il y a beaucoup de réflexions sur l’esthétique, sur le mouvement, sur le corps. Il y a beaucoup d’écrits, de poésie. Toutes des choses qui finissent par s’incorporer dans ma performance.

 « An Exercise in Empathy » 

La majorité du matériel que j’ai présenté, c’est du matériel que j’ai créé lors d’une période de maladie assez intense. Étant médecin (rires), j’ai un background scientifique pour comprendre la maladie, mais là c’est une maladie qui a un peu échappé mes facultés de rationalisation (!) Beaucoup de ce processus de création s’est fait pour essayer de mieux comprendre tous ces changements que mon corps vivait, et de voir la maladie comme étant un phénomène qui n’est pas nécessairement individuel mais intergénérationnel et interculturel. C’est pour ça que j’incorpore non seulement ma propre voix et mes propres histoires, ma propre poésie, mais aussi la poésie d’autres personnes ainsi que la voix de ma grand-mère, les voix de manifestations iraniennes, de colère iranienne. C’est vraiment une conversation, il y a beaucoup de facteurs dans ma pièce [« An Exercise in Empathy »].

C’était un moyen d’exprimer les symptômes de cette maladie sans avoir recours aux mots et au langage clinique. Je dirais même que le titre, « An Exercise in Empathy », on pense à l’empathie envers les autres, mais pour moi, le début du processus c’était une empathie envers moi-même. C’était un processus qui m’a appris à être plus doux, à m’écouter et à m’aimer à travers des conditions difficiles.

Le langage de la musique

Dans le processus de créer cette œuvre – qui sera dans un album que je vais sortir cette année – j’ai réalisé à quel point c’était important pour moi de parler de quelque chose d’immensément personnelle comme l’expérience de maladie, mais de trouver un moyen de rendre le personnel non individuel. Le langage de la musique électroacoustique, acousmatique, expérimentale, est un langage tellement riche en émotions et en affects, que c’est pour moi le médium parfait pour exprimer des sentiments et des émotions qui n’arrivaient pas à se manifester en mots. La juxtaposition des deux est importante, les mots et les sons, et la façon ils jouent les uns avec les autres.

Dans le monde académique, je trouve que le langage est très sec, impersonnel et souvent très technique, surtout dans les musiques numériques […] Oui, techniquement, c’est intéressant, mais esthétiquement et artistiquement, ça ne me dit rien, ça ne me parle pas. C’est pour ça que je trouve important d’infuser un peu ce monde-là avec de l’affect, de l’émotion, de la vulnérabilité, toutes ces choses-là qui manquent beaucoup.



MASSE 20-21

Jeudi 11 mars 2021 à 20h, en ligne.

Golpesar : ​An Exercise in Empathy,​ acousmatique (40’). 2020. Canada. Première

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